Centre de soins infirmiers en coopérative : de bonnes raisons et des questions

Transformer un centre de associatif en coopérative constitue un défi inédit et une première. Les responsables de celui de Lille Sud (au sud de Lille...) y réfléchissent sérieusement depuis environ un an mais leur réflexion se heurte à plusieurs inconnues.

Centre de soins infirmiers en coopérative : de bonnes raisons et des questionsLe centre de soins infirmiers de Lille Sud mène trois activités complémentaires depuis sa création, en 1958, par une congrégation religieuse : les soins infirmiers, bien sûr, au centre ou à domicile, la prévention et l'éducation à la santé.

Dans ce quartier périphérique de Lille, où les habitants rencontrent de nombreuses difficultés sociales, la combinaison de ces actions et la démarche communautaire qui la sous-tend paraissent essentielle à Cathy Pennel, l' coordinatrice du centre, et à Marc Beaurepaire, le président de l'association qui le gère.

Mais le statut associatif adopté en 1982 ne leur semble plus adapté. Seuls les soins sont rémunérés, « à l'acte, comme les libéraux, alors qu'on ne fonctionne pas du tout de la même manière », explique Cathy Pennel.

Les huit infirmiers du centre consacrent beaucoup de temps à des actions de prévention en lien ou pas avec la précarité : échanges entre parents, animation de jeux collaboratifs sur la santé à destination des enfants et pré-adolescents, interventions sur la vie sexuelle auprès d'ados dans les centres sociaux, éducation thérapeutique à la prison proche, permanence et maraudes sur la réduction des risques, etc.

« Nous le faisons car les personnes en ont besoin, souligne Cathy Pennel. Mais en tant qu'association, nous ne pouvons pas bénéficier de certains fonds privés qui pourraient nous aider à les financer. » L'accompagnement des personnes dans l'accès aux droits (CMU, AME, etc.), n'est pas non plus financé.

SCIC pour élargir les financements ?

Au moment où la tarification des actes sera bientôt renégociée avec l'assurance maladie, le président de l'association, lui même gérant d'une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) dans le secteur de la communication, a donc envisagé de proposer au centre de soins infirmiers d'adopter ce statut.

« Aujourd'hui, il y a de plus en plus de financements qui associent les dispositifs publics et le privé », constate Marc Beaurepaire, qui souhaiterait que le centre de soins y soit éligible.

La SCIC le permettrait puisqu'elle associe au capital les « producteurs » (les salariés), les bénéficiaires et les usagers mais aussi un troisième type de sociétaires : collectivités, associations et sociétés privées. La ville de Lille, les associations qui interviennent déjà aux centre (, ...), des mutuelles, des SISA de libéraux ou encore des maisons de santé pourraient ainsi être associés.

En permettant le financement de toutes les activités, « la SCIC permettrait ainsi de rendre visible et effectif l'ensemble du travail des infirmiers du centre », ajoute son président.

Même si la « culture coopérative » n'est pas vraiment enseignée dans les IFSI, le changement éventuel de statut ne constituerait pas une révolution pour les infirmiers salariés du centre, estime Cathy Pennel. Le fonctionnement déjà participatif n'en serait que renforcé. De plus, les contrats de travail ne devraient pas être modifiés par le le changement, ajoute-t-elle.

Des freins techniques

Le projet est pour l'instant suspendu aux réponses qui seront apportées à plusieurs questions assez techniques, souligne Marc Beaurepaire. Par la loi sur l'économie sociale et solidaire, par exemple, en discussion actuellement au parlement, sur la possibilité pour l'assurance maladie de contracter, ou pas, avec des SCIC. Par le projet de loi sur les soins de premier recours, aussi.

Il faudrait également que l'ARS reconnaisse le centre de soins comme centre de santé polyvalent, indique le président de l'association. Le bureau de s'est donné jusqu'à la fin de l'année pour prendre sa décision.

Olivia Dujardin

 

Pour en savoir plus sur le statut de SCIC : Les infirmiers aussi veulent racheter leur clinique en coopérative

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